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  • eloyzrestenfrance
  • : Eloyz
  • : 03/07/1986
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Dimanche 14 décembre 2008
Après le plébiscite de sa première édition, "Pendant ce temps là en France..." revient, plus eloisesque que jamais, c'est-à-dire très en retard.

Aujourd'hui au sommaire : beaucoup de désillusions (c'est la crise mes cocos).

Il y a d'abord eu ce documentaire sur France 3 consacré à Alain Souchon. Une soirée à retracer le parcours artistique de ce chanteur chevelu à la sensibilité douce amère si touchante et ce petit air de coquin un peu timide qui lui sied si bien aux mots et à la voix. Une soirée à découvrir et re-découvrir ses chansons, ses clips désuets, ses amis et son histoire dans l'Histoire. Une soirée à se rendre compte que certaines de ses chansons sont encore bien actuelles...


Et puis il y a cette version live de Foule sentimentale qui vous retourne le bide, vous ne savez pas trop pourquoi, mais ça vous file à la fois le blues à l'âme, le baume au coeur et des envies de Révolution (ouais rien que ça) :


Alors bien sûr, c'est ptêt un peu niais, un peu bisounours ou je ne sais quoi encore mais moi je trouve ça juste simple, brut, beau et vrai, et c'est ça qui me touche (en revanche la tête de chien en haut de l'écran à gauche ça casse juste l'ambiance).

Et puis il y a cette petite phrase à la fin de la chanson,"il faut voir comme on nous parle... en c'moment !"

Oui, c'est vrai qu'en ce moment on nous parle comme à des gosses turbulents, à des bouffons ou a des têtes de cons. En bref, on se fout méchamment de notre gueule. Mais alors, c'est magnifique, d'une force, vous n'imaginez même pas.

D'abord il y a cette descente de flics dans les salles de classes d'un petit collège français sans soucis. Le CPE avait bien parlé d'une journée de prévention anti-drogues mais je ne crois pas qu'il avait imaginé le remake de... non même les mauvais blockbusters américains n'ont pas de scénario aussi inimaginable.
Pourtant ça aurait quasiment pu être un épisode de 24h chrono, avec les gros clichés du film d'action de base, les flics balourds avec toute l'artillerie, le chien méchant, les dialogues pauvres et débilisants, la tension dramatique etc.
Sauf que là c'est pas de la télé, ça se passe en vrai et ça vise des ados pré-pubères. Ah ça on peut dire que c'est de l'action utile ! Parce que bon, c'est bien connu, les fans de Tokio Hotel sont de dangereux malfrats ou futurs terroristes.
En bref, les flics devaient faire de la prévention. Et à la place, ils ont préféré faire de la répression. C'est aussi simple et terrifiant que cela. Ils sont arrivés dans les classes, ont lâché leur chien sans muselière en intimant aux enfants "posez vos mains sur les tables et regardez le tableau, car quand il mord, ça pique". Quant au professeur qui demande s'ils ont une autorisation pour faire ça, si ce qu'ils font est bien utile et surtout bien légal, il se fait gentiment rappeler à l'ordre (comprenez  un truc du genre "si tu ouvres encore ta gueule tu auras de sérieux soucis"). Des enfants sont ensuite désignés par le chien comme possédant sur eux ou dans leur sac quelque chose de suspect : ils sont alors emmenés dans une autre salle avec d'autres camarades dans le même cas, pour une fouille plus... personnelle. Je vous rappelle que nous sommes dans un collège et que ce sont donc des ados, c'est-à-dire mineurs, qui se retrouvent  alors en caleçon pour certains ou à sentir des doigts de flics dans le soutien-gorge pour certaines (témoignage sur orange.fr).
Je crois que tout est dit. Moi, ça m'a encore plus retourné le bide que la chanson Souchon, mais dans l'autre sens : j'avais juste envie de vomir.
En plus, pour parfaire le cliché des flics bêtes et cons, ceux-ci ont apparemment fait preuve d'un grand sens de la plaisanterie bigardienne ou autre showman lourd et pas drôle durant la descente... Faut croire que l'école laïque, gratuite et obligatoire ils n'en ont pas bénéficié...
Tout ça pour dire : faites des gosses, ils seront bien éduqués !

Ensuite il y a eu le remake de Dallas au PS (oui les politiques aiment décidément beaucoup jouer les mauvais acteurs dans les mauvaises séries télévisées).
Je ne vais pas vous résumer les épisodes et les rebondissements divers qu'il y a eu car ils sont aussi nombreux et aussi chiants que les épisodes de Dallas.
Je vous dirais juste qu'on a eu droit aux plus belles dissensions internes entre socialistes pour savoir qui srait le secrétaire général de ce grand Titanic qu'est le parti de la rose fanée. Je peux vous assurer qu'au bal masqué du prince benêt François Hollande le défilé de princesses en tutus ridicules s'est avéré flamboyant : Delanoë, Aubry, Royal et Hamon nous ont offert un spectacle magnifique, fait de joutes verbales et de piques anti-royalistes d'une bassesse déconcertante. Quant à la vierge Ségo, elle nous a offert une illumination fraternelle digne de Jean-Paul II, le mépris et l'ironie en plus.
Au final, deux femmes sont restées : Soeur Marie Royale et Bucheronne Au Brie. A commencé alors un combat féminin dans la boue mais sans bikini et sans érection. Au final, après un imbroglio pas possible  entre militants et un vote ponctué d'une joute verbale composé d'arguments très percutants ("tricheurs", "nous sommes tous des socialistes", blablabla), Martine ne s'est pas brossée et a obtenu le poste du benêt. Ségolène ne s'est pas démontée face à cette défaite et a ainsi pu servir d'exemple royal à la définition du mot "hypocrisie" dans le Larousse du Parti Rose de honte.
Après la victoire historique d'Obama aux Etats-Unis, nous venons d'assister à la mort historique du Parti Socialiste.
Alors comme dirait Jack Sparrow : Trinquons mes jolis, yoho !

Sinon à part ça :
Le plan Marshall, c'était de la gnognotte à côté du plan de relance de Super Sarko qui préfère l'investissement à la consommation (pas de bûche à Noël, ce sont les ptits nains de décoration qui vont être frustrés de pas se faire sucer cette année).
Xavier Darcos ne sait décidément pas faire de réforme scolaire, et en plus, il est de mauvaise foi.
Rachida Dati pense toujours qu'il est tout à fait logique de mettre les mineurs de 12 ans en prison.
Un député UMP dont nous tairons le nom car il ne le mérite pas a dit que l'on pouvait et que l'on devait détecter la délinquance chez les jeunes enfants (exemple : si un enfant aime Casimir, c'est un futur adepte du Modem donc potentiellement dangereux).
Rama Yade a dit merde au Petit Chef et va certainement le payer de sa place au Gouvernement. Rachida Dati est également sur la sellette. Bref, le gouvernement de l'ouverture et de la diversité ethnique et sexuelle, c'était juste pour l'affiche Benetton de l'année dernière.
Et dernière nouvelles : vous n'aurez plus de pub à partir de 20h à la télévision publique quand vous reviendrez de vos exils erasmus. Comprenez : le Président a dit qu'il n'y avait plus d'argent dans les caisses, c'est la crise,  on parle même de récession, donc on supprime les fonds privés de la télévision publique pour que l'Etat vienne (tenter de) les renflouer.
On dit aussi que ce n'est pas parce que le Président nomme le président de France Télévisions, pas parce que le Ministère de la culture et et de la communication aura son mot à dire sur la programmation des chaines publiques et pas parce que cette télévision sera entièrement subventionnée par l'Etat que cette télévision sera la vitrine publicitaire de l'Etat et qu'elle ne sera pas indépendante.

Et la marmotte met toujours le chocolat dans le papier d'alu.




Par Eloyz - Publié dans : Ma revue de presse
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Dimanche 14 décembre 2008
C'est un soir, il fait un froid de canard, vous rentrez tranquillement chez vous après votre journée de stage et là vous découvrez... un lézard.

Il n'est pas très vivace, il a perdu sa queue et ses doigts sont bizarrement palmés.

C'est très choquant de trouver un truc rampant chez soi. On commence à s'imaginer pleins de choses, à se poser pleins de questions : depuis combien de temps est-il chez vous ? par où a-t-il bien pu rentrer ? Est-ce qu'il a séjourné dans votre lit pendant que vous dormiez (brrrrr) ?

Chassant de votre tête toutes ces pensées bizarres, vous prenez votre courage à demain, ou plutôt un torchon de cuisine, vous inspirez et expirez pendant 15 minutes avant de vous lancer sauvagement sur la bête, l'enfermer dans le tissu, courir jusqu'à l'ascenseur, sortir dehors, saluer votre voisin d'un air gêné avec votre torchon à la main, et là, une fois dehors, vous pouvez enfin laisser s'échapper la bête dans un petit bosquet du petit parc de l'immeuble d'à côté.
Vous rentrez alors chez vous, satisfaite d'avoir rendu à la nature son petit protégé. Vous vous couchez alors sereine, certaine qu'il n'y aura pas d'autres trucs rampants pour troubler votre sommeil...

Et le lendemain, en vous levant, c'est une ville couverte de neige qui vous éclate à la figure lorsque vous ouvrez vos volets. Vous avez alors une pensée pour ce petit lézard que vous avez peut-être condamné à mourir sous la neige...

Blanche Neige est parfois cruelle.


Par Eloyz - Publié dans : I love Grrr
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Dimanche 23 novembre 2008

La grasse mat' consommée c'est reparti pour 2 jours intensifs.


Leïla est à Radio France, boulot oblige (oui j'ai une amie juriste en alternance à Radio France, oui j'ai des amis géniaux, beaux et intelligents). C'est la voix de Clémence encore embrumée qui me réveille. Elle appelle avec acharnement tous les Somewhere de Paris, toujours pour trouver cette fameuse robe bleue taille basse en coton taille 38/40. En vain (bis).


Alors on déjeune, on se raconte nos vies (en 2 jours on n'a pas encore eu le temps de tout se dire), on se prépare, guide du Routard en poche, un ticket de métro acheté douloureusement après diverses tergiversations du genre "quelle formule est la plus rentable ? on prend 10 tickets ou à la journée ?", bref de vraies questions existentielles pour commencer la matinée (ou plutôt l'après-midi).


Et nous voilà parties à la recherche des passages insolites et mystérieux de Paris, notre petit livre de toutes les couleurs sauf rouge à la main pour nous guider sur le chemin sinueux de ces lieux étroits et secrets...

C'est un autre Paris que nous découvrons alors, au détour de ces passages qui nous emmènent d'arrondissement en arrondissement. Le Paris commerçant, le Paris black, le Paris chic, le Paris bobo, le Paris bobo chic, le Paris des putes...

Je commence alors doucement à apprécier la ville, les monuments trop connus ne m'ont jamais totalement touchée et ce sont tous ces petits quartiers, ces rues de fringues en stock, ces gens qui circulent entre les boutiques, ces femmes aux seins dévoilés qui me font enfin apprécier pleinement Paris. Bon j'avoue, j'ai déjà eu ce sentiment en longeant les quais de bouquinistes le long de la Seine, ou en allant manger une glace sur l'Ile.

D'insolite, je retiendrais ce passage, tapissé de panneaux arc en ciel similaire tout le long :


Et de mystérieux, je retiendrais cette porte bleue, qui laissait entrevoir un beau passage dont on ne savait pas si l'accès était autorisé ou non, cette demi-ouverture nous laissant dans l'expectative douloureuse "on y va, on n'y va pas ?" :


Le dernier passage franchi, on file aux Halles pour une dernière séance shopping , à la recherche de bottes pour Clémence, précisément noires, qui montent haut mais pas trop non plus, qui ne soient pas larges, en cuir noir, simples, avec un talon haut et droit mais pas trop fin ni trop large. Le cahier des charges était complexe mais nous avons réussi notre mission, faisant toutefois concession de la hauteur des talons.


On rejoint ensuite Leïla et François, un ami rencontré en seconde et actuellement à Polytechnique (oui j'ai un ami à Polytechnique, oui j'ai des amis géniaux, beaux et intelligents bis), près de la célèbre rue Mouffetard pour un resto chinois et une soirée souvenirs des années lycées.

On rentre ensuite à l'appart pour se caler au chaud sous la couette devant Dirty Dancing, histoire de rire un peu.


Le lendemain Clémence nous quitte à 6h du mat et c'est un au revoir rauque, des bisous ensommeillés et des à bientôt murmurés qu'on lui envoie du lit avec Leïla.

Quelques heures après, le réveil est encore difficile mais à midi Gainsbourg nous attend à la Cité de la Musique.

Pour un réveil en douceur, c'est merveilleux.

Vous circulez dans une salle sombre entre des piliers animés de photos, de vidéos, de musiques et de textes au fil chronologique de la vie de Serge. Vous êtes sur un petit nuage psychédélique tout en mots susurrés qui vous promène de délices musicaux en délices iconographiques, saupoudré des images extatiques des égéries gainsbarrées et sensuelles de Mr G. Vous découvrez alors ce que vous n'avez jamais su sur l'artiste, sa jeunesse, son goût pour la peinture, ses icônes, ses sources d'inspiration... Et vous comprenez alors mieux pourquoi ce créateur vous touche comme aucun autre, pourquoi ses paroles vous laissent toujours un goût délicieusement acide sur les lèvres.

Vous repartez alors avec la biographie la plus complète et la plus fiable de l'exposition.


Le nuage redescendu sur terre, on atterrit dans un petit bistrot, le temps d'un déjeuner à 15h.

Ensuite vient la valse des retrouvailles après avoir laissé Leïla et son ami Mathieu à Bastille :  c'est d'abord Mathilde, le temps d'un café gare de Lyon, puis vient ensuite Héloïse toute épanouie par son stage dans un autre café gare de Lyon, entre-temps je chope ma frangine et son copain en coup de vent, toujours près de la gare de Lyon.

Je finis enfin par rentrer dans cette gare de Lyon, monter dans le train pour Grenoble, un coup d'oeil  étonné de voir Lotz qui prend la même direction et je m'installe confortablement dans mon siège, des souvenirs plein la tête, des promesses réjouissantes à venir, éreintée par ces 4 jours de parisianisme intensif.

Je ferme alors les yeux, écouteurs dans les oreilles, je m'endors, comme pour clore la boucle.

Par Eloyz - Publié dans : Ailleurs land
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Samedi 22 novembre 2008
Tu te lèves à 7h du mat, t'as pas dormi la veille, t'es crevée, tu t'habilles machinalement, tu vérifies l'appart avant de partir, il fait gris, t'as froid, pour une fois t'es pas en retard au train, t'es même en avance, tu erres comme un zombie devant le panneau d'affichage en attendant de savoir sur quelle voie tu dois aller.
Tu montes dans le train, il démarre, les montagnes enneigées s'éloignent, tes yeux se ferment, tu dors, t'arrives à Lyon, tu erres de nouveau comme un zombie dans le grand hall de la gare en attendant ta correspondance, tu remontes dans le train, tu t'installes, tes écouteurs sur les oreilles, tu t'endors, tu émerges réveillée par deux supporters marseillais qui se sont bourrés la gueule au pastis pendant tout le trajet, tu descends, tu te dis "jsuis à Paris".

Bastille. Rue de la Roquette. Cop Copine à côté d'ED, clodo à côté du tailleur rigide et des talons qui claquent.
T'arrives chez Leïla, Clémence fait des essayages de robes.
Annonçant la journée shopping à travers Paris, en quête des Somewhere de la Capitale, pour cette robe bleue taille basse taille 38/40. En vain.

On se console le soir au bar sur une terrasse chauffée qui disparaitra bientôt à cause du réchauffement de la planète et des Verts qui veulent les interdire.
Premier contact avec des amis parisiens de Leïla sur un goût de Martini. Résultat concluant. On parle cinéma, chamallow, sexe et musique kitsch.

Dimanche, 9h, on se lève douloureusement, petite douche, petit déj, petite mine. On prend le métro, le RER, on arrive à Versailles, on cherche l'Académie équestre, on arrive à peine en retard, on regarde, on écoute, les chevaux dansent, le sable est d'or, on admire, on se laisse porter par le mouvement synchronisé des sabots qui s'entrecroisent, des pas sur le côté, ce changement de pied au galop, cette courbe parfaite, ce port si altier, cette souplesse, cette lumière sur les robes, cette musique baroque, la voix de Bartabas qui théorise l'art équestre sur fond de musique baroque (oui, ça fait peur, mais si on n'écoute que la voix et pas le fond, ça passe).
Les écuries visitées, les chevaux entrevus, trop occupés par leur mangeoire, trop de barreaux et de toute façon trop peu de diversité des races, question d'union esthétique oblige, on laisse derrière nous Bartabas et ces cavaliers sapés d'un autre temps.

Direction le château, on bénit le coupe-file acheté avant, on arrive dans la cour re-dorée pour l'occasion (non pas Julien), on se trouve confronté aux oeuvres gigantesques, kitsch et contemporaines de Jeff Koons, on aime ou on aime pas, moi j'apprécie le contraste, après tout Versailles, à l'époque, c'était aussi une grande mascarade.

On sillonne les longs couloirs et les pièces du château, on passe en vitesse devant les tableaux raseoirs, on s'arrête devant ceux qui nous impressionnent sans être impressionnistes, Jeff Koons est toujours là où on ne l'attend pas, et ce disque vert au fond de la galerie des glaces, comme un oeil de boeuf version immense, c'est tout simplement génial.

On a mal aux pieds, on a faim, on casse-croûte un sandwich jambon-gouda dans les jardins royaux,  on fait une session pom'potes, on a froid, on se prend en photos pour se réchauffer comme on peut, on fait une promenade digestive dans le dédale de verdure du Château, on retourne faire les salles oubliées, on se trompe dans le sens de la visite, on comprend rien à leurs circuits qui font des tours et des détours pour rien, on se rebelle, on se fait interpeller à chaque fois, on s'en fout, on rentabilise.

On fatigue, on a re-mal aux pieds, on quitte le château, on retrouve les pavés, on prend le RER, puis on chope le métro, on se pose chez Leïla avec un chocolat chaud et des gâteaux, juste le temps de souffler et on retrouve de nouveau ce cher métro, on s'arrête à la Comédie Française, on prend nos places pas chères mais mal situées, on entre, on est soufflé par tant de, on nous place, on s'installe confortablement, on somnole de bonheur dans ce cocon rouge de velours et de balcons, on se laisse porter par la mise en scène psychédélique de Fantasio, on ne capte plus rien aux vers de Musset, on est juste bercé par les mots, on plane, et quand le rideau tombe, c'est un temps qui s'arrête.

On sort dans le froid, on prend le métro, on s'attarde sur sa bouche de verre qui parait royalement surréaliste dans la nuit étoilée des réverbères place Colette, on grave ça vaguement dans un coin de sa tête, on entre sous terre, on se fait bringuebaler jusqu'au 11è, on lévite jusqu'au 6è étage dans le minuscule ascenseur de verre, on s'affale dans le lit, on parle de sucreries pour s'endormir, on pense juste à la grasse mat' du lendemain.




Par Eloyz - Publié dans : Ailleurs land
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Vendredi 21 novembre 2008
Il y a des contrées françaises qu'on oublie, trop dans le Nord, trop dans l'Est, trop près de l'Alsace, trop de champs verts, trop de pluie, trop de froid, trop de vaches et trop peu de monde.

C'est là que mes grands-parents habitent.



C'est là que sont nés mes parents, là qu'ils ont grandi, là qu'ils se sont rencontrés, là qu'ils ont vécu leur jeunesse et de là qu'ils sont partis... pour atterrir dans le Sud-Ouest.
Maintenant ma mère cuisine des courgettes et des poivrons et quand ma grand-mère nous sert une tête de veau à la sauce gribiche avec des pommes de terres cuites avec un morceau de lard, elle trouve ça trop gras. Mon père, lui, savoure sans mot dire.

Chez Papy et Mamie, c'est cliché, c'est le lieu pommé où on rechigne à aller en vacances alors qu'il y a tous ces surfeurs stéréotypés qui vous tendent les bras sur les plages de Royan.
Chez Papy et Mamie, y a pas internet, pas d'ordinateur, pas de réseau, y a même pas M6.



Pourtant, chez Papy et Mamie, on s'y sent pas trop mal.
Parce que chez toi y a pas de bouillotte en étain au fond du lit, y a pas de beignets aux cerises noires au petit déjeuner, y a pas de promenades dans des forêts composées autrement que de pins maritimes, y a pas la cloche de l'église pour te réveiller à midi, y a pas un cimetière avec un poney tout seul en face, y a pas des cerisiers à défruiter, tes parents sont pas des enfants.

Retourner chez Papy et Mamie, c'est un peu comme retourner dans un autre temps, vivre un autre temps, prendre son temps et rencontrer d'autres tempéraments.
Entre Mamie qui se retrouve suspendue à un pont pour éviter de se faire embarquer par le courant qui entrainait sa vieille barque, la Tante Bernadette qui se baigne toute habillée avec ses baskets et la cousine Marcelle qui fait les mauvaises herbes du trottoir au chalumeau.
Mais Marcelle, Wagner de son nom d'épouse, toujours le rire aux lèvres, ses trois cheveux sur la tête et  son air dégingandé, Marcelle la cousine délurée, marque son indépendance par une hyperactivité génialissime.  Marcelle, elle joue du piano, de la guitare, elle danse, elle chante, elle peint  très finement, sur porcelaine, sur toile, sur tout, elle retape, elle restaure, elle coud, elle brode, elle tricote, elle habille les bustes des demoiselles sur les couvercles des boites à bonbons. Elle a refilé le virus à ma grand-mère qui n'attendait que sa retraite pour se mettre à l'oeuvre. .
Quant à Bernadette, c'est une raconteuse d'histoire (il faut dire que dans la famille c'est génétique) que les jeunes de Genevilliers respectent, qui a des amis homosexuels mais qui se dit quand même plus française que le policier un peu basané qui vient lui demander de descendre de son escabeau parce que bon, c'est pas parce que c'est le feu d'artifice du 14 juillet qu'on peut tout se permettre pour voir le spectacle.
Quant à Mamie, c'est un roman qu'on pourrait écrire sur elle, je dirais juste que maintenant je sais de qui ma mère tient...

C'est donc tout ce petit monde là que j'ai retrouvé il y a deux semaines, après deux ans de sevrage, le temps d'un week-end prolongé avec les parents, la frangine, le chaton de la frangine, les grands-parents, la tante Henriette dont on fêtait les 80 ans, les métastases de Papy qu'on détruira parce qu'on a la baraka.

C'est vrai que je n'ai pas parlé des hommes de ce cocon familial.
Mais les femmes parlent trop chez moi alors je dirais juste que grâce à eux j'ai compris ce que signifiait l'oxymore "silence éloquent".

N'empêche, j'avais rien oublié, rien perdu des sentiments made in Bassigney, j'ai de nouveau ressenti le fil qui nous reliait sans point de croix ni torsade et je me suis rendue compte combien ça m'avait manqué.

Alors, en montant dans le train du retour, je me suis dit, vivement Noël.



C'est fou l'effet que ça peut faire une campagne isolée qui sent le poney mouillé.




Par Eloyz - Publié dans : Ailleurs land
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